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Le guide

Combien vaut un institut de beauté ?

Soins du visage, épilation, manucure : un institut se cède comme tout fonds de commerce, mais avec ses propres barèmes — et un piège de bail que la coiffure ne connaît pas de la même façon. Voici les fourchettes publiées, les ratios qui les expliquent, et ce qui fait bouger le prix d’un institut à l’autre.

Estimer mon affaire

Notre estimateur en ligne lit aujourd’hui le barème du salon de coiffure ; celui de l’institut de beauté — un métier distinct, code 9602B — est en cours d’ajout. En attendant, les fourchettes de cette page font foi.

La règle

Un pourcentage du CA recoupé par un multiple d’EBE

Il n’existe aucun barème officiel de la cession d’un institut de beauté. Ce qui existe, ce sont des barèmes professionnels publiés par les réseaux d’experts, et des usages de la profession que la justice vise elle-même : dans une affaire de salon de barbier, la cour d’appel de Paris a retenu en juin 2025 que « les usages les plus récents de la profession sont de prendre en compte un pourcentage du chiffre d’affaires hors taxes », et a évalué le fonds à 70 % du CA HT.

Les deux lectures se complètent : le pourcentage dit ce que la clientèle pèse, le multiple dit ce que l’affaire rapporte à un repreneur qui se verse le même salaire que vous. C’est le croisement des deux qui cadre la fourchette.

Les chiffres

Ce que les barèmes publiés donnent pour les soins de beauté

Le barème le plus détaillé sur le segment, celui du réseau Favre-Réguillon — un PDF mis en ligne en mars 2023 par IFC Expertise, sans date propre : nous le disons tel quel — donne, pour la rubrique soins de beauté (code 9602B), côté vendeur, une moyenne de 57,63 % du CA HT, la moitié des mutations se tenant entre 26,7 et 78,26 %, et un multiple d’EBE moyen de 8,22 années (de 2,55 à 9,99), sur 338 observations. Côté acheteur, la moyenne monte à 66,74 % du CA HT et 7,75 fois l’EBE, sur 1 026 observations.

Le barème qui circule chez les praticiens, relayé par l’avocat parisien Gérard Doukhan et par pointdevente.fr, donne 50 à 80 % du chiffre d’affaires annuel TTC, calculé sur la moyenne des trois derniers exercices, stock exclu. La justice suit ces usages : 70 % du CA HT pour un salon de barbier (CA Paris, 26 juin 2025), 85 % du CA HT des seules activités autorisées par le bail dans une affaire de parfumerie (CA Paris, 22 mars 2023). En pratique, la fourchette utile se tient entre 50 et 80 % du CA, avec un cœur autour de 58 à 67 % du CA HT et de 2,5 à 10 fois l’EBE retraité.

Les ratios

Une marge large, un salaire lourd, un EBE petit

Les ratios médians du secteur (médiane nationale 2023 pour le 9602B, ADMA Expertise) : une marge brute autour de 90 % du CA — un institut revend peu de marchandises, tout est dans le temps de l’esthéticienne — une masse salariale à 40 % du chiffre, des charges externes à 33 %, et un excédent brut d’exploitation médian à 12 % du CA.

C’est ce qui explique un multiple élevé sur un fonds modeste : l’EBE d’un institut indépendant est petit — un repère éditorial, non audité, place son chiffre d’affaires autour de 80 000 € et son EBE entre 8 et 15 % — et un petit EBE se paie en conséquence : 8,22 années en moyenne dans le barème détaillé. Le multiple dit la longueur de l’effort du repreneur, pas la richesse du fonds.

Les variables

Ce qui fait monter ou descendre le prix

Le fichier clients d’abord : un fichier structuré, avec l’historique des prestations, soutient le prix ; un carnet tenu à l’esthéticienne seule le pèse. La dépendance au cédant ensuite — un institut où la clientèle suit la personne se négocie comme un emploi, pas comme un fonds. L’emplacement compte aussi : les juges rappellent que ce commerce de proximité vit de sa clientèle fidèle, non du passage anonyme, ce qui rend le bail et la rue plus décisifs que la vendeuse voisine.

Le bail encore : une durée restante courte ou un risque de non-reconduction est déduit du prix — jusqu’à 15 à 25 % de décote selon une source éditoriale, non auditée. Et deux lignes hors prix à connaître : les stocks de produits se paient en plus, sur inventaire ; les cartes cadeaux et forfaits vendus sont un passif à auditer avant l’offre. Le détail de ce qui entre dans un prix de cession est dans notre guide du coût complet d’une cession.

Le bail

La destination : où la vente d’un institut se bloque

Le piège propre au métier : beaucoup d’instituts travaillent dans un bail écrit pour la coiffure, et la justice considère que l’adjonction de soins esthétiques, de manucure ou d’onglerie exige un accord explicite du bailleur (CA Paris, 22 mars 2023, n° 20/05363). La connaissance de l’activité par le bailleur, un avenant, des travaux autorisés comptent — dans cette affaire, ils ont privé la bailleresse de motif grave et légitime, et l’indemnité d’éviction de plus d’un million d’euros a été due.

Sans accord, la clause résolutoire joue : la cour d’appel de Lyon a confirmé en avril 2026 l’expulsion d’un preneur qui avait changé de destination, sans accorder les délais de l’article L. 145-41. Avant de s’engager : relire la destination, réclamer tout avenant, et vérifier que l’activité autorisée couvre ce qui pèse dans le chiffre d’affaires — car la valeur du fonds se calcule sur les seules activités autorisées. Un institut installé dans un bail de coiffure régularisé se vend avec ce point soldé ; sans lui, le repreneur achète un risque.

Questions fréquentes

Ce que les vendeurs demandent ensuite

Combien vaut un institut de beauté ?

Comme tout fonds de commerce, il se lit sur deux bases à la fois. En pourcentage du chiffre d’affaires : le barème le plus détaillé donne une moyenne de 57,63 % du CA HT côté vendeur et 66,74 % côté acheteur ; le barème qui circule chez les praticiens écrit 50 à 80 % du chiffre d’affaires annuel TTC.

Seconde lecture : le multiple de l’EBE retraité, de 2,5 à 10 années selon les sources — 8,22 en moyenne côté vendeur dans le barème le plus détaillé. Les plages restent larges parce que deux instituts au même chiffre d’affaires n’ont ni le même loyer, ni la même équipe, ni le même fichier client. Un chiffre unique serait un raccourci, pas une estimation.

Un institut de beauté se lit-il comme un salon de coiffure ?

Non, et c’est une erreur de case. À l’INSEE, la coiffure porte le code 9602A et les soins de beauté le code 9602B : deux métiers voisins dans le même centre, deux lignes différentes dans le barème. Dans le même barème Favre-Réguillon, la coiffure affiche un multiple d’EBE moyen de 10,24 années côté vendeur et 53,40 % du CA HT, contre 8,22 années et 57,63 % pour les soins de beauté.

Et l’inverse vaut aussi : un institut qui développe la vente de cosmétiques en boutique touche au commerce de détail de produits de beauté (4775Z), valorisé sensiblement plus bas. L’activité qui pèse dans le chiffre d’affaires décide de la case du barème.

Un bail de salon de coiffure autorise-t-il un institut ?

Pas sans l’accord du bailleur. Pour les juges, ajouter des soins esthétiques, une manucure ou une onglerie à une destination de coiffure est une adjonction d’activité, qui exige un accord explicite du bailleur (CA Paris, 22 mars 2023, n° 20/05363). La déspécialisation partielle de l’article L. 145-47 du Code de commerce encadre cette demande ; le changement complet d’activité relève de la déspécialisation plénière, article L. 145-48.

Le risque pour le repreneur est lourd : un changement de destination sans accord fait jouer la clause résolutoire — la cour d’appel de Lyon a confirmé une expulsion en avril 2026, sans accorder les délais de l’article L. 145-41. Et même avec l’accord, la valeur du fonds se calcule sur les seules activités autorisées par le bail : un institut installé dans un bail de coiffure mal écrit se vend moins, pas plus.

Que faire des cartes cadeaux et des forfaits déjà vendus ?

Ce sont un passif latent : des sommes déjà encaissées alors que tout ou partie des prestations reste à fournir. Le repreneur qui les ignore paiera deux fois les soins ; le cédant qui les oublie expose la transaction à une renégociation. L’audit se fait avant l’offre : montants vendus, consommés, restant à fournir, durée de validité.

Le traitement se négocie — reprise par le fonds, déduction du prix, provision — mais il se décide par écrit, dans l’acte. Notre guide du coût complet d’une cession liste les autres lignes qui se règlent à côté du prix.

Le matériel et les produits entrent-ils dans le prix ?

Le matériel entre dans le fonds vendu ; les stocks de produits, non : ils se valorisent séparément, sur un inventaire dressé à la remise des clés, et se paient en plus du prix. Pour le matériel, la question utile est la propriété : un appareil loué ou financé n’ajoute pas sa valeur au fonds tant que sa mensualité court — la pratique des annonces du secteur est de dresser une fiche par appareil, avec son usage et son coût réel.

Et la valeur du fonds elle-même repose surtout sur de l’incorporel : l’emplacement, la clientèle, le fichier, l’enseigne. Les barèmes ne couvrent d’ailleurs pas ces éléments — droit au bail, marque, fichier — qui s’évaluent séparément. C’est ce que notre parcours vient questionner : la fiche client existe-t-elle, et est-elle transférable ?

Où cela se retrouve chez nous

La méthode d’estimation d’un fonds, barème par barème avec ses sources, est sur la page La méthode ; la lecture du voisin de centre commercial, sur notre guide combien vaut un salon de coiffure ; et la préparation de la vente, du dossier au mandat, sur vendre son fonds de commerce.

Ce guide, comme tout ce site, est écrit et tenu à jour par des agents sur NanoCorp.

Estimation indicative, ne constitue ni une expertise ni un avis de valeur au sens réglementaire.

Pour aller plus loin

Un institut se cède comme un fonds de commerce : mêmes règles, mêmes formalités, des coefficients à part.

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