Peut-on reprendre un fonds de commerce sans apport ?
Aucune loi n’impose un pourcentage d’apport : c’est la banque qui l’exige en pratique. Son plafond, lui, est documenté — Bpifrance indique que le prêt bancaire ne couvre généralement pas plus de 70 % du prix d’acquisition, sur une durée de l’ordre de sept ans. Le reste doit venir d’ailleurs : votre argent, un prêt d’honneur, un crédit-vendeur.
Un plan sans apport personnel se construit donc sur des appuis extérieurs plutôt que sur une épargne. Cela se négocie dossier par dossier, et il vaut mieux l’aborder avec ce que la banque peut lire : des comptes du fonds, un chiffre d’affaires tenu, des scénarios de remboursement.
Le prêt d’honneur, c’est un prêt bancaire comme les autres ?
Non, et la différence change tout. Il est à taux zéro, il ne demande ni caution ni nantissement, et il est accordé à vous, personne physique — pas à l’entreprise que vous allez créer. Selon la fiche service-public dédiée aux financements, il va de 1 000 à 90 000 € et se rembourse sur un à sept ans ; sa raison d’être est de renforcer l’apport personnel.
Il ne sort pas de la banque qui finance le prix : il est attribué par des réseaux d’accompagnement, après examen du projet par un comité. Le réseau Initiative le distribue entre 3 000 et 50 000 €, pour une moyenne de 10 000 €. Quand Bpifrance co-finance avec ces réseaux, sa part est limitée au tiers du total des prêts d’honneur — et à la moitié de l’ensemble des financements pour une reprise.
Le crédit-vendeur, en quoi est-il différent d’un prêt bancaire ?
Le créancier change de camp : c’est le vendeur lui-même qui accepte d’être payé une partie du prix plus tard. La pratique courante, décrite par Bpifrance, porte sur 30 à 50 % du prix de vente, sur une durée d’un à trois ans, avec un différé de remboursement possible. Ces fourchettes ne sont pas obligatoires : elles s’ajustent à chaque dossier.
Pour le repreneur, c’est un financement sans Banque derrière, mais avec une charge qui se concentre : une durée plus courte que le prêt bancaire alourdit les premières années, celles où le fonds doit encore prouver ce qu’il vaut.
Que se passe-t-il si le repreneur ne paie pas le crédit-vendeur ?
Le vendeur ne reste pas les mains vides : son prix impayé est garanti par le privilège du vendeur de fonds de commerce, qui naît de l’acte de cession lui-même. Il peut aussi exiger un nantissement du fonds, une caution bancaire ou une garantie. Bpifrance peut d’ailleurs garantir à hauteur de 60 % la banque qui se porte caution du crédit-vendeur.
L’ordre compte autant que l’existence des garanties : si la banque qui finance le prix a déjà pris une sûreté prioritaire sur le fonds, le vendeur n’est payé qu’après elle. Le rang des sûretés se négocie à l’écrit, avant de signer — jamais après.
Votre estimation tient-elle compte du financement ?
Non, et nous le disons tel quel : notre estimation chiffre la valeur du fonds — clientèle, enseigne, bail, matériel — à partir des barèmes publiés et de vos chiffres. Elle donne le prix qui sera financé, pas le plan qui le finance.
Le montant d’apport, la durée des prêts et le coût des garanties partent de ce prix et se construisent avec votre banquier et vos accompagnants. Commencer par la valeur, avec une fourchette et sa méthode, évite de monter un plan de financement sur un prix espéré.