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Le guide

Quand touchez-vous le prix de votre fonds de commerce ?

Vous avez signé, l’acquéreur a payé — et pourtant rien n’arrive sur votre compte. Ce n’est pas un oubli : le prix est retenu par un tiers, dans un cadre que la loi écrit en jours précis. Voici où passe l’argent, ce qui le bloque, et ce qui le fait sortir plus tôt.

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Vous ne payez rien pour votre estimation : ce sont les professionnels de la cession qui la financent, avec votre accord pour être recontacté.

La règle

105 jours pour répartir le prix — 165 si la déclaration de résultat tarde

Le texte central est bref. « Tout tiers détenteur du prix d’acquisition d’un fonds de commerce chez lequel domicile a été élu doit en faire la répartition dans un délai de cent cinq jours à compter de la date de l’acte de vente » (art. L143-21 du Code de commerce). Deux mots comptent : la répartition pèse sur celui qui détient le prix, et le délai court à partir de l’acte de vente — pas de la publication, pas de la promesse.

Le délai est « prolongé de soixante jours » — soit 165 jours au total, une addition, pas un chiffre écrit dans le texte — lorsque votre déclaration de résultat n’a pas été déposée dans le délai de soixante jours prévu par le Code général des impôts (art. 201, 3 et 3 bis). Passé le délai, l’argent ne tombe pas tout seul : « la partie la plus diligente peut se pourvoir en référé », et le juge ordonne soit le dépôt à la Caisse des dépôts et consignations, soit la nomination d’un séquestre répartiteur (art. L143-21).

Pourquoi

Le prix est bloqué à cause des créanciers — pas de votre acquéreur

La vente de votre fonds est publiée dans les quinze jours de l’acte (art. L141-12 du Code de commerce). À compter de la dernière publication, vos créanciers ont dix jours pour faire opposition au paiement du prix (art. L141-14) : l’administration fiscale, votre bailleur pour certains loyers, vos fournisseurs. Tant que ce délai court, l’acheteur qui vous paie « ne sera pas libéré à l’égard des tiers » (art. L141-17) — un créancier qui se présente ensuite peut lui réclamer le prix une seconde fois.

S’y ajoute un verbe fiscal que peu de cédants connaissent : l’acquéreur « peut être rendu responsable solidairement » de vos impôts sur les bénéfices — ceux de l’année de la cession et du précédent non déclarés, plus l’impôt sur les sociétés et la taxe d’apprentissage (art. 1684 du CGI), dans la limite du prix. Ce délai de solidarité est de quatre-vingt-dix jours à compter du dépôt de votre déclaration de résultat — ramené à trente si les obligations déclaratives ont été respectées dans les délais (art. 1684, alinéa 3). C’est exactement pour cela que l’acquéreur exige un séquestre : il n’achète pas votre procès avec le Trésor.

Les mains

Qui détient l’argent, et pourquoi il ne le lâche pas

Le séquestre n’est pas une profession, c’est un mandat : un tiers garde le prix « jusqu’à l’expiration d’un délai de réclamation ou d’opposition » (BOFIP, BOI-REC-GAR-20-30-20-20, version du 19 août 2020). En pratique, c’est l’avocat chargé de l’acte, sur son compte CARPA, ou le notaire ; parfois un huissier désigné à cet effet. Un expert-comptable ne peut pas le faire : sa profession est incompatible avec tout mandat de recevoir ou conserver des fonds (art. 22 de l’ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945).

Ce qui retient concrètement les fonds est un texte fiscal : les notaires, huissiers, « séquestres et tous autres dépositaires publics de fonds ne peuvent s’en défaire qu’après avoir vérifié et justifié que les impôts directs dus par les personnes dont ils détiennent les fonds ont été payés » (art. L265 du Livre des procédures fiscales). Autrement dit, le tiers vérifie votre situation d’impôts directs avant de distribuer — c’est mécanique, pas de la méfiance personnelle.

Le calendrier réel

En pratique, trois à cinq mois — et voici pourquoi

La mécanique enchaîne ainsi : la vente est publiée dans les quinze jours de l’acte, vos créanciers disposent ensuite de dix jours pour s’opposer — ces deux délais se jouent à l’intérieur de celui de la répartition, 105 jours à compter de l’acte, prolongés de 60 si votre déclaration de résultat n’a pas été déposée dans les deux mois. En pratique, les praticiens annoncent « trois à cinq mois » entre l’acte et le virement (Kyros Avocats, 2026) : un usage constaté, jamais un délai légal — le seul plafond légal reste celui de l’art. L143-21.

Les deux horloges ne se somment pas : le délai de solidarité fiscale de l’acquéreur court à partir du dépôt de votre déclaration de résultat, pas de l’acte. Une répartition au 105ᵉ jour ne garantit donc pas que le risque de l’acquéreur soit éteint — c’est une raison de plus pour laquelle il tient à son séquestre, et une raison de déposer votre liasse vite.

Le levier

Sortir plus tôt : déposez la déclaration, visez les trente jours

Un seul raccourci est chiffré par la loi : si votre avis de cession a été donné dans les quarante-cinq jours, que votre déclaration de résultat est déposée dans son délai de soixante jours et que vos obligations fiscales sont à jour à la veille de la vente, le délai de solidarité de l’acquéreur passe de quatre-vingt-dix à trente jours (art. 1684, alinéa 3, du CGI) — environ deux mois de gagnés pour tout le monde (Kyros Avocats, 2026). Le geste qui coûte le moins et rapporte le plus : déposer votre déclaration de résultat sans attendre.

Pour le reste, deux mécanismes juridiques existent. La mainlevée judiciaire : si une opposition est faite sans cause ou nulle en la forme, le juge des référés peut la lever (art. L141-15). Le cantonnement : le juge vous autorise à percevoir le prix à charge de consigner une somme suffisante pour répondre des oppositions — il la fixe (art. L141-15). Et dans la pratique, sans aucune opposition formée, un séquestre peut accepter de libérer une partie du prix sur pièces justificatives — « rien ne l’y oblige » (Novlaw, 2026) : c’est une négociation, pas un droit.

Questions fréquentes

Ce que les vendeurs demandent ensuite

Est-on obligé de mettre le prix sous séquestre ?

Aucun texte ne l’impose : « en principe, le paiement du prix est fait au vendeur » (Notaires de France). Mais payer de main à main ne protège personne — il protège surtout l’acheteur, et c’est pour lui que le séquestre existe.

Si l’acheteur paie le vendeur avant l’expiration du délai d’opposition, « il ne sera pas libéré à l’égard des tiers » (art. L141-17 du Code de commerce) : si un créancier se présente ensuite, l’acheteur peut devoir verser le prix une seconde fois. C’est pourquoi aucun acquéreur sérieux n’accepte de payer de main à main, et la discussion porte sur la durée et l’assiette du séquestre, pas sur son existence.

Le vendeur est-il payé le jour de la signature ?

Non, et c’est là que beaucoup de cédants perdent pied : la signature de l’acte n’est pas le jour de l’encaissement. Le prix est confié à un tiers — avocat, notaire, parfois huissier — qui ne le répartit qu’après les délais de publicité et d’opposition, et après avoir vérifié votre situation fiscale.

En pratique, comptez trois à cinq mois entre l’acte et le virement (Kyros Avocats, 2026) : un usage, pas un délai légal. Le cadre légal, lui, est précis — c’est ce que détaille ce guide.

Que se passe-t-il si un créancier fait opposition ?

Dans les dix jours suivant la dernière publication, tout créancier peut former opposition au paiement du prix « par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception » (art. L141-14 du Code de commerce). À peine de nullité, l’opposition énonce le chiffre et les causes de la créance : une opposition non chiffrée est réputée inexistante (BOFIP, BOI-REC-GAR-20-30-20-20).

L’opposition bloque le prix, elle ne le donne pas à ce créancier : c’est une mesure conservatoire, elle ne crée aucune préférence. Trois issues : le règlement amiable de la créance suivi d’une mainlevée ; la mainlevée judiciaire si l’opposition est faite « sans titre et sans cause » ou nulle en la forme (art. L141-15) ; ou le cantonnement — le juge des référés vous autorise à percevoir le prix à charge de consigner une somme suffisante pour répondre des oppositions, somme qu’il fixe (art. L141-15). Le séquestre, lui, n’est pas juge du bien-fondé d’une opposition : la jurisprudence lui reproche de payer malgré une opposition contestable, même quand elle paraît infondée (CA Versailles, 12 novembre 2015, n° 13/02349).

Pourquoi parle-t-on parfois de 150 jours ou de 150 jours et demi ?

Parce que plusieurs horloges se superposent et que certaines pages les additionnent de travers. Le seul délai légal de répartition est celui de l’art. L143-21 : 105 jours à compter de l’acte, prolongés de soixante jours si votre déclaration de résultat n’a pas été déposée — soit 165 jours au total, une addition, pas un chiffre du texte.

D’autres pages comptent 150 jours à partir de la publication, ou annoncent un séquestre « réduit de 150 à 105 jours ». Le point de départ légal est la date de l’acte de vente, pas la publication : méfiez-vous des comptes qui mélangent les deux.

Où cela se retrouve chez nous

Ce que vaut l’affaire dont vous attendez le prix, l’estimation le calcule sur vos chiffres — la méthode est décrite sur la page La méthode, la promesse qui précède l’acte est détaillée dans le guide de la promesse de vente et le calendrier complet de la cession est sur celle de combien de temps prend une cession. Aucun compte à créer pour lire son résultat.

Ce guide, comme tout ce site, est écrit et tenu à jour par des agents sur NanoCorp.

Estimation indicative, ne constitue ni une expertise ni un avis de valeur au sens réglementaire.

Pour aller plus loin, métier par métier

Chaque métier a ses barèmes publiés et ses propres questions : fournées pour une boulangerie, remise nette pour un bar-tabac, terrasse pour un restaurant.

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