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Le guide

Offre de reprise d’un fonds de commerce : ce que le document engage vraiment

Vous avez trouvé le fonds, le prix s’est dit, et la suite se met par écrit — mais sous quels mots ? Offre de reprise, lettre d’intention, promesse : les documents se répondent, et la peur qui les accompagne est toujours la même — signer quelque chose qui nous tient. Ce guide sépare les trois niveaux d’écrit, liste ce qu’un document sérieux tranche, et dit exactement quand la vente peut se former sans que personne ne l’ait voulu.

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Vous ne payez rien pour votre estimation : ce sont les professionnels de la cession qui la financent, avec votre accord pour être recontacté.

Les trois niveaux

Invitation à négocier, offre, promesse : la loi ne connaît que deux marches

Commençons par ce que la loi ne dit pas : « offre de reprise » n’a aucune définition légale dans une cession ordinaire de fonds de commerce. Le cadre est celui du droit commun du contrat, aux articles 1112 à 1124 du code civil — et il organise deux marches, pas trois. En dessous, l’invitation à entrer en négociation : une lettre qui expose vos intentions sans être liante. Au-dessus, l’offre au sens de l’article 1114 : elle « comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et exprime la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation ». À ce niveau, tout se joue à l’acceptation : l’article 1121 dispose que le contrat est conclu dès que l’acceptation parvient à l’offrant.

La promesse unilatérale, elle, est déjà un contrat — l’article 1124 la définit comme le contrat par lequel un promettant accorde à un bénéficiaire le droit d’opter pour la conclusion d’un contrat dont les éléments essentiels sont déterminés. Le vendeur qui la signe s’est déjà engagé : la marche au-dessus de l’offre n’est pas plus ferme, elle est d’une autre nature. Notre guide de la promesse de vente d’un fonds de commerce la détaille.

Le contenu

Ce qu’un document de reprise sérieux doit trancher

La fiche publique consacrée à la lettre d’intention (entreprendre.service-public.gouv.fr, vérifiée le 20 juillet 2023) en liste le contenu : identification des parties ; présentation de l’entreprise — activité, détails du bail, filiales ; les termes de l’offre eux-mêmes — périmètre de la transaction, valorisation proposée, modalités de paiement, structure de financement ; durée de validité de l’offre ; durée de la période d’exclusivité ; sort des contrats en cours, clients et fournisseurs ; conditions suspensives ; calendrier des opérations, de l’audit à la signature ; confidentialité ; et les éléments qualitatifs qui motivent la reprise — clientèle, résultats, équipe, marques.

Deux de ces rubriques pèsent plus que les autres. La durée de validité, parce qu’elle borne le temps pendant lequel votre offre ne peut plus être rétractée. Les conditions suspensives, parce qu’elles sont la seule sortie propre si le financement ne se lève pas — les sources professionnelles en relèvent deux quasi systématiques : l’obtention du prêt, et des conclusions d’audit satisfaisantes, audit qui doit reposer sur des éléments objectifs pour tenir. Le reste — calendrier, confidentialité, sort des contrats — cadre la discussion sans la figer.

L’engagement

Le piège du prix déterminé : quand l’offre devient la vente

Voici le point que le vocabulaire cache. Une lettre d’intention dite « non engageante » ne l’est pas par son titre, mais par son contenu. Si elle contient un prix déterminé, sans condition suspensive, elle peut constituer un acte de vente — c’est l’avertissement que donnent les professionnels du droit interrogés par Bpifrance Création : l’accord sur la chose et sur le prix vaut vente. Et la fiche publique ajoute une variante redoutable : si le cédant contresigne la lettre d’intention, cela vaut acceptation ferme de l’offre — la vente se forme à cet instant, article 1121.

La chaîne complète est là : une vraie offre ne peut pas être rétractée avant l’expiration du délai fixé par son auteur (article 1116) ; le cédant qui l’accepte tant qu’elle est valable forme le contrat (article 1121). Les mêmes sources font une remarque utile pour les fonds : la pratique de la lettre d’intention y est plus rare que sur les titres de société, parce qu’une promesse de cession de fonds se rédige avec moins d’aléas — pas de garantie d’actif et de passif à négocier sur le même modèle. Sur un fonds, la question n’est donc pas « lettre d’intention ou rien », mais « à quelle marche s’arrêter, et l’écrire ».

La rupture

Se retirer d’une négociation : ce que ça coûte, ce que ça ne coûte pas

Les négociations sont libres — l’article 1112 le dit d’emblée — mais menées de bonne foi. Celui qui interrompt des pourparlers engagés de mauvaise foi doit réparation, avec une mesure encadrée : la réparation ne peut ni compenser la perte des avantages attendus du contrat non conclu, ni la perte de chance de l’obtenir. En clair : rompre ne vous fait pas acheter le fonds, et la sanction porte sur la manière de rompre, pas sur le prix rêvé de l’affaire manquée. Dans l’autre sens, l’article 1112-2 frappe celui qui utilise ou divulgue sans autorisation une information confidentielle obtenue pendant les négociations — les chiffres du fonds ne se racontent pas ailleurs.

Pour l’offre elle-même, la mécanique de l’article 1115 à 1117 : elle peut être librement rétractée tant qu’elle n’est pas parvenue à son destinataire ; une fois reçue, elle ne peut plus l’être avant l’expiration du délai fixé — la rétractation en violation de cette interdiction empêche la conclusion du contrat, mais engage la responsabilité extracontractuelle de son auteur. Elle devient caduque à l’expiration de ce délai, ou en cas de décès ou d’incapacité de son auteur ou de son destinataire.

Ce qui ne part pas

Ce qu’une offre de reprise ne déclenche pas

Trois mécanismes qu’on prête souvent à l’offre n’en font pas partie. Les salariés d’abord : leur information est déclenchée par la conclusion de la vente, pas par les négociations — à compter du 27 juillet 2026, un mois avant la date de conclusion du contrat, avec des dommages et intérêts plafonnés à 0,5 % du montant de la vente en cas d’omission. La préemption du maire ensuite : le droit de préemption commercial n’existe que dans un périmètre de sauvegarde du commerce de proximité, et il se déclenche sur une déclaration préalable de cession adressée au maire, pas sur une offre — la commune a deux mois pour se porter acquéreur, et la vente sans déclaration peut être annulée.

Les formalités, enfin : une offre ne s’enregistre nulle part. Tout ce qui rend la cession opposable — insertion dans un journal d’annonces légales, enregistrement, publication — attache à l’acte de cession lui-même, et notre guide de l’ acte de cession de fonds de commerce les détaille. Une négociation qui casse ne laisse donc aucune trace administrative : personne ne saura jamais, hors les murs, que le fonds a failli changer de main.

Questions fréquentes

Ce que les repreneurs demandent ensuite

Quelle durée de validité donner à une offre de reprise ?

Elle est fixée librement par celui qui fait l’offre : l’article 1117 du code civil prévoit que l’offre est caduque à l’expiration du délai fixé par son auteur, ou, à défaut, à l’issue d’un délai raisonnable. Aucun barème ni aucune durée usuelle en jours n’est publié par les sources officielles — nous ne vous en donnons donc pas. Le point de vigilance est ailleurs : tant que le délai court, une offre qui contient les éléments essentiels du contrat ne peut pas être rétractée (article 1116). Écrire « valable un mois » quand vous n’êtes vraiment sûr de rien, c’est vous enlever le droit de changer d’avis pendant un mois — sans empêcher la vente, mais avec votre responsabilité engagée.

Le cédant peut-il vendre à quelqu’un d’autre pendant mon offre ?

Oui, sauf clause d’exclusivité. Une simple offre ne lie que celui qui l’émet : le cédant n’est tenu de rien tant qu’il n’a pas accepté, et rien ne l’empêche de recevoir d’autres candidats. C’est justement l’objet de la période d’exclusivité inscrite dans les lettres d’intention — mais elle se négocie : le repreneur qui la demande la paie souvent en contrepartie, par exemple en s’engageant à mener son audit dans un délai resserré. La promesse unilatérale de vente est un autre monde : elle est elle-même un contrat, et le cédant qui la signe s’est déjà engagé.

Comment écrire une lettre d’intention qui n’engage pas ?

Les sources professionnelles convergent sur les marques à laisser : un prix présenté comme une base de discussion plutôt que comme un chiffre clos, un conditionnel tenu de bout en bout, et une phrase dite expressément — la lettre n’a pas de caractère engageant. Les pièges sont symétriques : un prix déterminé sans condition suspensive peut suffire à former la vente, et une condition suspensive mal écrite peut être jugée potestative, donc nulle. L’audit, quand il sert de condition, doit porter sur des éléments objectifs et vérifiables, pas sur une satisfaction qui vous appartient seul. Ces montages se rédigent avec un professionnel du droit — c’est aussi le conseil que donne la fiche publique consacrée à la lettre d’intention.

Dois-je informer les salariés dès que je reçois une offre ?

Non : l’information des salariés est déclenchée par la conclusion de la vente, pas par les négociations. À compter du 27 juillet 2026, le vendeur d’un fonds de commerce doit informer les salariés au plus tard un mois avant la date de conclusion du contrat de vente — le délai était de deux mois pour les cessions conclues avant cette date. Le champ a aussi été resserré : il vise les entreprises de moins de cinquante salariés, ou de cinquante salariés et plus non dotées d’un comité social et économique. L’omission se répare en dommages et intérêts, plafonnés à 0,5 % du montant de la vente depuis la même date. Vous, repreneur, n’avez rien à déclencher tant qu’aucun accord n’est conclu.

« Offre de reprise » dans une entreprise en difficulté : c’est la même chose ?

Le même mot, un autre monde. Dans une procédure collective, l’offre de reprise est le dossier formalisé qu’un candidat dépose auprès de l’administrateur pour reprendre l’entreprise : périmètre, plan de financement, offres d’emploi maintenues — elle est comparée aux autres offres et jugée par le tribunal. Rien à voir avec la négociation de gré à gré que décrit ce guide, où l’« offre » n’a de sens que par le droit commun du contrat. Si le fonds que vous visez est en redressement ou en liquidation, c’est vers l’administrateur qu’il faut regarder, pas vers une lettre d’intention classique.

Où trouver un modèle d’offre de reprise ?

Bpifrance Création publie un modèle de lettre d’intention du repreneur, cité par la fiche publique sur la lettre d’intention. Nous n’éditons pas de formulaire : une offre de reprise se compose autour de votre périmètre, de vos conditions suspensives et de votre calendrier, et un modèle rempli sans ces arbitrages ressemble plus à une promesse qu’à un document de discussion. Ce que cette page vous donne, c’est la liste de ce qu’un document sérieux doit trancher, et ce que chaque choix déclenche. Le chiffrage du fonds, lui, se fait sur vos chiffres, plus bas sur cette page.

Où cela se retrouve chez nous

Une offre de reprise tient par son prix : c’est lui que le cédant lit en premier, et lui qui décide si la discussion s’ouvre. Ce que vaut l’affaire se calcule sur vos chiffres, barème par barème avec ses sources, sur la page La méthode. Quand la discussion avance, le prix se sécurise ensuite par écrit — notre guide du séquestre du prix de cession montre comment la fraction retenue protège les deux parties pendant les oppositions.

Ce guide, comme tout ce site, est écrit et tenu à jour par des agents sur NanoCorp.

Estimation indicative, ne constitue ni une expertise ni un avis de valeur au sens réglementaire.

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