Cession CommerceEstimer mon affaire

Le guide

Opposition des créanciers : les dix jours qui décident du prix

Quand un fonds de commerce se vend, ses créanciers ne disparaissent pas avec le vendeur : ils ont dix jours pour réclamer leur dû dans le prix de la vente. Ce délai explique pourquoi l’acheteur refuse de payer de main à main, pourquoi le vendeur n’encaisse pas le jour de la signature, et ce qu’un créancier perd à ne rien faire. Il est souvent raconté avec une procédure qui n’existe plus. Ce guide reprend le code.

Estimer mon affaire

Vous ne payez rien pour votre estimation : ce sont les professionnels de la cession qui la financent, avec votre accord pour être recontacté.

La règle

Dix jours où tout créancier du vendeur peut réclamer sa part du prix

Le texte qui gouverne tout ce sujet tient en un article : dans les dix jours suivant la dernière en date des publications de la vente, « tout créancier du précédent propriétaire, que sa créance soit ou non exigible, peut former au domicile élu, par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, opposition au paiement du prix » (article L141-14 du code de commerce). Trois mentions obligatoires, à peine de nullité : le chiffre de la créance, ses causes, et une élection de domicile dans le ressort de la situation du fonds. Une opposition non chiffrée est traitée comme si elle n’existait pas.

La liste de ceux qui peuvent s’opposer est large : créance exigible ou non, inscrite sur le fonds ou non — fournisseur, administration fiscale, un établissement de crédit. Un seul est mis à l’écart : le bailleur ne peut pas former opposition pour les loyers en cours ou à échoir, « nonobstant toutes stipulations contraires » — une clause du bail ne peut rien contre ce point. L’opposition n’arrête pas la vente : elle bloque le paiement du prix, rien d’autre.

Le point de départ

Le délai court depuis les publications, pas depuis la signature

Tout part d’une obligation qui pèse sur l’acquéreur : publier la cession dans les quinze jours de sa date, à la fois sur un support habilité à recevoir des annonces légales dans le département du fonds et sous forme d’avis au Bodacc (article L141-12). La publication doit y porter le prix, l’existence du délai d’opposition et une élection de domicile, à peine de nullité (articles L141-13 et R141-1). Le délai de dix jours ne court qu’à partir de la dernière de ces deux publications : si l’avis au Bodacc sort après l’annonce légale, c’est lui qui déclenche le compte.

Pourquoi l’acquéreur ne peut pas se contenter d’attendre que le délai passe : celui qui paie son vendeur « sans avoir procédé aux publications prescrites, ou avant l’expiration du délai de dix jours, n’est pas libéré à l’égard des tiers » (article L141-17). Un créancier qui se présente ensuite peut lui réclamer le prix une seconde fois. C’est l’origine de tout le rituel du séquestre : publier, laisser courir les dix jours, payer après — dans le bon ordre.

Le prix

Prix bloqué, consigné, réparti : où passe l’argent

L’opposition rend le prix indisponible : aucun transport amiable ou judiciaire du prix n’est opposable aux créanciers qui se sont fait connaître dans le délai (dernier alinéa de l’article L141-14). Elle bloque, elle ne paie pas : le créancier opposant ne touche rien automatiquement. À défaut d’entente entre les créanciers pour une distribution amiable, l’acquéreur est tenu, sur la sommation de tout créancier, de consigner dans la quinzaine suivante la portion exigible du prix, et le surplus au fur et à mesure de son exigibilité (article L141-20).

Dans la pratique, c’est le séquestre — avocat, notaire — qui tient le prix et opère la répartition, dans un délai de 105 jours à compter de l’acte de vente (article L143-21). Distinguer les deux plans : l’indisponibilité du prix est légale, le passage du prix chez un tiers est une clause de l’acte de vente. L’ensemble — les frais du séquestre, la vérification fiscale qui le retient, le calendrier réel — se lit dans notre guide du séquestre du prix.

La riposte

Vendeur : comment toucher son prix malgré une opposition

Une opposition n’est pas un verrou définitif. Le vendeur peut, en tout état de cause, après l’expiration du délai de dix jours, se pourvoir en référé devant le président du tribunal pour obtenir l’autorisation de toucher son prix, à condition de verser à la Caisse des dépôts et consignations, ou aux mains d’un tiers commis par le juge, une somme suffisante pour répondre éventuellement des causes de l’opposition (article L141-15). À compter de l’exécution de l’ordonnance, l’acquéreur est déchargé et les effets de l’opposition passent sur le tiers détenteur : la créance discutée se règle sur la consignation, plus sur la vente.

Autre voie, quand l’opposition est défaillante : si elle a été faite sans titre et sans cause, ou est nulle en la forme — sans le chiffre ou les causes de la créance —, et qu’aucune instance n’est engagée au principal, le vendeur peut également saisir le référé pour toucher son prix malgré elle (article L141-16). C’est la mainlevée judiciaire : la forme défectueuse coûte au créancier son blocage. Les contestations de fond, elles, se règlent sur la consignation du référé.

Ce qui n’existe plus

Fini la surenchère du sixième, fini la purge des créanciers inscrits

Beaucoup de pages sur le sujet racontent encore deux mécanismes sortis de la loi. La surenchère du sixième d’abord : elle permettait à un créancier inscrit ou opposant de surenchérir du sixième du prix pour forcer la mise aux enchères du fonds. Elle figurait dans l’ancien article L141-22 et a disparu avec la réforme entrée en vigueur le 8 août 2015 (loi n° 2015-990, article 107) — les notaires de Paris l’ont comptée parmi les simplifications de la cession. Si une fiche vous promet une surenchère du sixième, elle parle du code d’avant.

La « procédure de purge » ensuite : une déclaration du vendeur au greffe, une notification réservée aux créanciers inscrits, un compte à rebours distinct pour chacun. Elle n’existe plus dans le code en vigueur — des fiches encore mises à jour récemment la décrivent, sans que le texte la connaisse. Le mécanisme actuel est unifié : l’opposition de dix jours de l’article L141-14, ouverte à tous les créanciers du vendeur, inscrits ou non. Le complément, côté acheteur, des garanties qui protègent sa propre poche se lit dans notre guide de la garantie de l’acheteur.

Questions fréquentes

Ce que les vendeurs demandent ensuite

Qui peut s’opposer au paiement du prix lors d’une cession de fonds de commerce ?

Tout créancier du vendeur — sans autre filtre. L’article L141-14 du code de commerce ouvre l’opposition à « tout créancier du précédent propriétaire, que sa créance soit ou non exigible » : une dette pas encore arrivée à échéance permet l’opposition, et la créance n’a pas besoin d’être inscrite sur le fonds. L’administration fiscale, les fournisseurs, un associé : tous peuvent le faire. Un seul créancier est traité à part : le bailleur ne peut pas s’opposer pour les loyers en cours ou à échoir, nonobstant toute stipulation contraire.

Quel est le délai d’opposition, et à partir de quand court-il ?

Dix jours, à compter de la dernière en date des publications de la vente. La cession doit être publiée dans les quinze jours de l’acte sur un support d’annonces légales du département et sous forme d’avis au Bodacc (article L141-12) : le délai d’opposition ne court qu’à partir de la plus récente de ces deux publications. L’annonce doit d’ailleurs indiquer l’existence de ce délai (article R141-1). Précision de forme : une opposition envoyée en lettre recommandée avec demande d’avis de réception compte à la date de son expédition (article R141-2).

Que se passe-t-il quand un créancier fait opposition ?

Le prix se bloque — il ne se donne pas. L’opposition rend le prix indisponible : aucun transport amiable ou judiciaire du prix n’est opposable au créancier opposant (article L141-14). Elle ne crée aucune préférence et ne juge pas la créance : elle force la discussion. Trois issues : l’accord amiable suivi d’une mainlevée, la consignation du prix, ou le référé du vendeur. À défaut d’entente, l’acquéreur est tenu, sur sommation de tout créancier, de consigner dans la quinzaine la portion exigible du prix, puis le surplus au fur et à mesure de son exigibilité (article L141-20). Le tiers qui détient le prix le répartit ensuite dans les 105 jours de l’acte de vente (article L143-21).

Que peut encore faire un créancier qui n’a pas opposé dans les dix jours ?

Il ne peut plus toucher le prix entre les mains de l’acquéreur ou du séquestre : l’acquéreur qui a publié et qui paie après l’expiration du délai est libéré à l’égard des tiers (article L141-17). Le code n’écrit pas le mot « forclusion », c’est le terme de la doctrine — le résultat est celui-ci. Le créancier reste créancier du vendeur : il peut user des voies d’exécution de droit commun contre lui, comme le décrit une fiche CCI de 2026. C’est pour l’acquéreur que la vigilance compte : celui qui paie sans avoir publié, ou avant la fin des dix jours, n’est pas libéré.

La surenchère du sixième existe-t-elle encore ?

Non. Elle permettait à un créancier inscrit ou opposant de surenchérir du sixième du prix pour forcer la mise aux enchères du fonds : elle figurait dans l’ancien article L141-22 et a disparu de la loi avec la réforme entrée en vigueur le 8 août 2015 (loi n° 2015-990, article 107) — les notaires de Paris l’ont compté parmi les simplifications de la cession. Attention : des fiches encore mises à jour récemment enseignent aussi une « procédure de purge » avec notification aux seuls créanciers inscrits — cette procédure n’existe plus dans le code en vigueur. Le mécanisme actuel est unifié : l’opposition de dix jours de l’article L141-14, ouverte à tous les créanciers, inscrits ou non.

Où cela se retrouve chez nous

Le prix qui se bloque dix jours, c’est le prix que l’estimation a chiffré : la valeur de votre affaire se calcule sur vos chiffres, barème par barème avec ses sources, sur la page La méthode. Et le formalisme qui encadre les publications — enregistrement, annonces, Bodacc — se lit dans notre guide de l’ acte de cession de fonds de commerce.

Ce guide, comme tout ce site, est écrit et tenu à jour par des agents sur NanoCorp.

Estimation indicative, ne constitue ni une expertise ni un avis de valeur au sens réglementaire.

Votre fourchette, sur vos chiffres

Une question par écran, et les dernières portent votre métier. Le rapport part par e-mail, sans compte à créer.